Améliorer le traitement du TSPT à l’aide de la pharmacogénétique

Améliorer le traitement du TSPT à l’aide de la pharmacogénétique

Traduit par Jie Mei, étudiante en pharmacie.

Révisé par Alison Wong, pharmacienne.

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est un trouble de santé mentale caractérisé par la reviviscence des événements traumatiques passée à travers des cauchemars et des pensées, par l’évitement de ce qui rappelle les événements traumatiques, par l’hypervigilance et par les dérèglements du sommeil. Le TSPT est souvent associé à d’autres troubles psychiatriques, tels que l’anxiété et la dépression sévères; il pourrait également être accompagné d’épisodes psychotiques. Le TSPT peut affecter non seulement les victimes de crimes violents, les vétérans de combat et les premiers intervenants, mais également les personnes œuvrant dans d’autres métiers avec un niveau de stress élevé, tels que les infirmières en milieu hospitalier et les journalistes.

Le traitement du TSPT comprend à la fois une gestion pharmacologique et des interventions psychosociales. Les individus qui souffrent de TSPT ont souvent recours à la drogue et à l’alcool, ce qui peut mener à l’abus de substances et à l’exacerbation des psychoses. La psychothérapie, en monothérapie ou en association avec un traitement pharmacologique, est la première ligne de traitement pour le TSPT. Un traitement pharmacologique adjuvant peut également être utilisé pour mieux contrôler l’anxiété, la dépression, le sommeil, ainsi que les envies pour l’alcool et pour la drogue.

La réussite du traitement du TSPT dépend de la réponse clinique du patient, de son adhésion au traitement et de son implication à travers la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Tous les médicaments ont des effets secondaires qui pourraient être particulièrement sévères chez les personnes avec un métabolisme des médicaments intrinsèquement réduit. Une accumulation d’un médicament dans le sang pourrait mener à des effets secondaires, ce qui réduirait l’adhésion au traitement. À l’autre extrême, une clairance trop rapide du médicament pourrait mener à un manque d’amélioration des symptômes, ce qui augmente le risque d’échec au traitement. Dans ce résumé, nous allons mettre en évidence l’impact possible de la génétique des patients TSPT sur la réponse des médicaments.

Des méta-analyses sur les médicaments utilisés pour gérer les symptômes associés au TSPT décrivent l’efficacité de la pharmacothérapie, incluant les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), tels que la paroxétine, la sertraline, la fluoxétine, et d’autres agents. Récemment, les cannabinoïdes ont également été utilisés pour améliorer le sommeil chez les patients TSPT.

Pour les symptômes associés au TSPT, les ISRS sont considérés comme étant la première ligne de traitement. Il est à noter que jusqu’à 25% des personnes au Canada pourraient avoir une réponse réduite à la sertraline à cause d’une clairance intrinsèquement augmentée via le CYP2C19. Chez les patients qui sont des métaboliseurs rapides ou ultrarapides du CYP2C19, les lignes directrices du Clinical Pharmacogenetics Consortium recommandent d’initier le traitement à la dose initiale recommandée et d’envisager un médicament alternatif non métabolisé par le CYP2C19 si le patient ne répond pas à la dose de maintien recommandée. Jusqu’à 10% des personnes sont des métaboliseurs lents du CYP2C19 et pourraient ne pas tolérer la sertraline, ce qui pourrait mener à un changement de traitement vers la paroxétine ou la fluoxétine. D’autre part, la paroxétine et la fluoxétine sont toutes les deux métabolisées par l’enzyme CYP2D6, une enzyme également reconnue pour une grande variabilité interindividuelle. Les lignes directrices du Clinical Pharmacogenetics Implementation peuvent ainsi aider à choisir un ISRS approprié selon le métabolisme que le patient a hérité de par sa génétique (ceci constitue de la pharmacogénétique).

Si un patient avec le TSPT souffrant de psychose ne répond pas aux ISRS, un antipsychotique tel que la rispéridone, la quétiapine ou l’olanzapine pourrait être ajouté.

La rispéridone est métabolisée par l’enzyme CYP2D6 – les patients avec une activité CYP2D6 augmentée pourraient voir une réponse insuffisante, tandis que les métaboliseurs lents pourraient ressentir des effets indésirables considérables.

La quétiapine est principalement métabolisée par les enzymes CYP3A4/5. Plus de 85% des Caucasiens sont des métaboliseurs lents du CYP3A5 et sont parfois désignés des “non-expresseurs” du CYP3A5. Le métabolisme de ces personnes est considéré normal. Cependant, la plupart des personnes de descendance africaine expriment un CYP3A5 fonctionnel, ce qui engendre une concentration plasmatique réduite de quétiapine. Dans la population ethniquement diversifiée de l’Amérique du Nord, la connaissance du profil pharmacogénétique du patient peut offrir des indices sur l’efficacité et la tolérabilité relative des divers antipsychotiques pour un patient.

L’olanzapine est principalement métabolisée par l’enzyme CYP1A2, l’une des cytochromes les plus faciles à induire. L’activité CYP1A2 est grandement induite chez les fumeurs; donc, la réponse à l’olanzapine est réduite chez les patients TSPT qui fument.

La prazosine a été démontrée efficace dans le traitement des dérèglements du sommeil et des cauchemars reliés au TSPT. Ce médicament est métabolisé par déméthylation et conjugaison; il est donc moins susceptible d’engendrer des réponses altérées chez les patients ayant un profil pharmacogénétique différent.

Des études pour évaluer l’utilisation des cannabinoïdes dans le traitement du dérèglement du sommeil et des cauchemars associés au TSPT (parmi d’autres symptômes) sont actuellement en cours. Bien que l’utilisation de cannabinoïdes chez les patients TSPT puisse exacerber les psychoses, elle pourrait aider à réduire l’anxiété et à améliorer le sommeil. Les cannabinoïdes actuellement étudiées incluent le cannabis à des fins médicales, le tétrahydrocannabinol (THC) et la nabilone. La nabilone est un cannabinoïde synthétique similaire au delta9-THC et a été initialement approuvée pour gérer les symptômes de nausées. La nabilone est métabolisée par plusieurs enzymes, incluant le CYP2C9 et le CYP3A4. Les patients avec une activité réduite de ces enzymes pourraient avoir une exposition accrue à la nabilone et, par conséquent, pourraient être à risque plus élevé d’effets indésirables reliés à ce médicament.

En bref, les tests pharmacogénétiques tels que Pillcheck peuvent révéler des informations critiques sur le profil métabolique des médicaments d’une personne et guider les choix de traitement chez les patients souffrant de TSPT et de symptômes associés au TSPT.

Références

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