Pillcheck : optimiser les plans de médication des aînés atteints de démence
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Les aînés atteints de démence qui vivent en soins de longue durée prennent souvent de nombreux médicaments, pour la mémoire, l’humeur, le sommeil, la douleur, les maladies du cœur et d’autres problèmes. Chaque médicament ajouté augmente le risque d’effets secondaires et d’interactions médicamenteuses, et le corps vieillissant est plus sensible aux deux. Une étude financée par le Centre for Aging + Brain Health Innovation (CABHI) a examiné si le test pharmacogénétique Pillcheck pouvait aider les pharmaciens à repérer les médicaments peu susceptibles d’être efficaces ou plus susceptibles de nuire chez les résidents de foyers de soins de longue durée de l’Ontario.
Pourquoi les médicaments sont-ils un défi pour les aînés atteints de démence?
Avec l’âge, le foie et les reins éliminent les médicaments plus lentement, et le cerveau devient plus sensible aux effets secondaires comme la somnolence, la confusion et les chutes. Les personnes atteintes de démence ne peuvent pas toujours décrire leurs effets secondaires, si bien que des problèmes peuvent passer inaperçus. Beaucoup de résidents en soins de longue durée prennent aussi des médicaments contre la dépression, l’anxiété, l’agitation, la douleur et les troubles du sommeil, dont plusieurs sont influencés par les gènes. Pour en savoir plus, lisez notre article sur le vieillissement et le métabolisme des médicaments.
Qu’a fait l’étude menée en soins de longue durée en Ontario?
Le projet financé par le CABHI a été mené dans quatre foyers de soins de longue durée de l’Ontario, en collaboration avec Baycrest et ThinkResearch. Quatre-vingt-dix résidents ont passé un test pharmacogénétique Pillcheck, et un pharmacien a examiné les médicaments de chacun à l’aide des résultats génétiques. Les chercheurs ont comparé les problèmes liés aux médicaments repérés avec l’appui de la pharmacogénétique à ceux repérés lors d’un examen standard des médicaments. Ils ont aussi comparé les habitudes de prescription des résidents testés à celles de 895 résidents non testés, pendant la même période.
Qu’a révélé l’étude?
- De nombreux médicaments visés par des recommandations génétiques. Les résidents prenaient de 7 à 47 médicaments chacun, dont 1 à 17 faisaient l’objet de recommandations pharmacogénétiques, soit 4,6 en moyenne par résident. Presque tous les résidents testés (94 %) et la plupart des témoins (84 %) prenaient au moins deux de ces médicaments.
- Problèmes liés aux médicaments. L’examen pharmacogénétique a révélé 114 problèmes liés aux médicaments chez les 90 résidents, dont 29 ont été jugés graves.
- Dépression. Plus de 35 % des résidents prenaient des antidépresseurs. Parmi eux, 64 % avaient un métabolisme du CYP2C19 ou du CYP2D6 modifié et pourraient bénéficier d’un ajustement de dose ou d’un changement d’antidépresseur.
- Douleur. Un résident sur cinq prenait de l’hydromorphone, un opioïde. Parmi eux, 30 % portaient des variants du gène OPRM1 associés à une réponse réduite aux opioïdes.
L’étude a conclu que l’optimisation des médicaments guidée par la pharmacogénétique présente un potentiel clinique pour les résidents en soins de longue durée, en particulier pour la prise en charge de la dépression, de la douleur chronique, des maladies du cœur et des symptômes gastro-intestinaux. Comme il s’agissait d’une étude ouverte et non randomisée, elle a repéré des occasions d’améliorer la prescription plutôt que de mesurer les effets à long terme sur la santé.
De plus grands essais ont depuis mesuré directement les résultats. Dans l’étude européenne U-PGx PREPARE, menée auprès de près de 7 000 patients dans sept pays, la prescription guidée par la génétique à l’aide d’un panel de 12 gènes a réduit d’environ 30 % les complications cliniquement importantes liées aux médicaments sur 12 semaines : elles sont survenues chez 21,5 % des patients traités selon leur génétique, contre 28,6 % avec les soins habituels.
Qu’est-ce que cela signifie pour le traitement de la dépression et de la douleur en soins de longue durée?
La dépression est fréquente chez les personnes atteintes de démence, et les antidépresseurs font partie des médicaments les plus utilisés en soins de longue durée. Bon nombre d’entre eux, comme le citalopram, l’escitalopram et la sertraline, sont éliminés par le CYP2C19, et d’autres par le CYP2D6. Un résident qui élimine un antidépresseur trop lentement peut devenir somnolent, confus ou instable, alors qu’un résident qui l’élimine trop vite peut en tirer peu de bienfaits. Pour en savoir plus, lisez notre article qui se demande si les antidépresseurs augmentent le risque de démence chez les aînés.
La douleur est souvent mal reconnue chez les personnes atteintes de démence, et les opioïdes comportent des risques de somnolence, de chutes et de constipation. Savoir si un résident est susceptible de mal répondre à un opioïde, ou de transformer les analgésiques de façon inhabituelle, peut aider l’équipe de soins à choisir un plan plus sûr et plus efficace.
Comment les familles et les équipes de soins peuvent-elles utiliser Pillcheck?
Un test Pillcheck se fait par un simple prélèvement à l’intérieur de la joue, facile pour les résidents atteints de démence. Il analyse CYP2D6, CYP2C19, OPRM1 et d’autres gènes qui influencent les antidépresseurs, les analgésiques, les médicaments pour le cœur et bien d’autres. Pillcheck analyse 24 gènes et élargit sa couverture au fil des nouvelles lignes directrices et monographies de médicaments (voir l’onglet des gènes), et couvre 355 médicaments, qui représentent plus de 70 % des ordonnances délivrées. Un pharmacien Pillcheck examine les résultats avec tous les médicaments du résident et rédige des recommandations pour l’équipe de soins et le prescripteur. Les résultats sont valables toute la vie et peuvent guider les ordonnances futures à mesure que les besoins changent.
Résumé
- Les aînés atteints de démence en soins de longue durée prennent souvent de nombreux médicaments et sont particulièrement sensibles aux effets secondaires.
- Dans une étude financée par le CABHI dans quatre foyers de soins de longue durée de l’Ontario, des examens par un pharmacien appuyés par Pillcheck ont révélé 114 problèmes liés aux médicaments chez 90 résidents, dont 29 graves.
- Parmi les résidents qui prenaient des antidépresseurs, 64 % avaient un métabolisme du CYP2C19 ou du CYP2D6 modifié.
- Parmi les résidents qui prenaient de l’hydromorphone, 30 % portaient des variants d’OPRM1 associés à une réponse réduite aux opioïdes.
- Dans le vaste essai européen U-PGx PREPARE, la prescription guidée par la génétique a réduit d’environ 30 % les complications liées aux médicaments.
- Le test pharmacogénétique, avec l’examen d’un pharmacien, peut aider les équipes de soins à rendre les plans de médication plus sûrs et plus efficaces.
Questions fréquentes
Le test est-il difficile pour une personne atteinte de démence?
Non. Pillcheck utilise un prélèvement rapide à l’intérieur de la joue, sans prise de sang.
Qui peut demander un test pour un résident?
Un membre de la famille ayant le pouvoir de prendre des décisions ou l’équipe de soins du résident peut organiser le test. Les résultats et les recommandations du pharmacien peuvent être communiqués au prescripteur et à la pharmacie du foyer de soins de longue durée.
Le test va-t-il changer les médicaments du résident?
Pas à lui seul. Les recommandations du pharmacien sont examinées par le prescripteur et l’équipe de soins, qui décident si un changement est nécessaire.
Pillcheck dépiste-t-il le risque de démence?
Non. Pillcheck ne diagnostique pas la démence et ne prédit pas le risque de démence. Il montre comment les gènes d’une personne influencent sa réponse aux médicaments.
Références
Dorfman R, London Z, Metias M, Kabakchiev B, Mukerjee G, Moser A. Individualized Medication Management in Ontario Long-Term Care Clinical Impact on Management of Depression, Pain, and Dementia. J Am Med Dir Assoc. 2020;21(6):823-829.e5.
Swen JJ, van der Wouden CH, Manson LE, et al. A 12-gene pharmacogenetic panel to prevent adverse drug reactions: an open-label, multicentre, controlled, cluster-randomised crossover implementation study. Lancet. 2023;401(10374):347-356.
Centre for Aging + Brain Health Innovation (CABHI). Pillcheck: Optimizing Medication Plans for Seniors with Dementia (project summary).