Les antidépresseurs pendant la grossesse sont-ils sûrs? La réponse est dans votre ADN
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Tout médicament comporte des risques et des bienfaits, et de nombreuses femmes s’inquiètent avec raison de prendre un antidépresseur pendant la grossesse. Pour la plupart des femmes, les risques des antidépresseurs pour le bébé sont faibles, tandis que l’arrêt du traitement entraîne souvent un retour de la dépression, qui comporte ses propres risques pour la mère et le bébé. La grossesse modifie aussi la façon dont l’organisme transforme de nombreux antidépresseurs, et vos gènes influencent l’ampleur de ces changements. Cet article explique ce que montrent les données et comment un test pharmacogénétique peut aider.
La dépression est-elle fréquente pendant et après la grossesse?
Jusqu’à une femme sur cinq souffre de dépression ou d’anxiété pendant la grossesse ou dans l’année qui suit l’accouchement, et de nombreuses femmes prennent des antidépresseurs avant, pendant ou après la grossesse. Arrêter un antidépresseur en raison d’une grossesse comporte des risques : dans une étude menée auprès de femmes ayant des antécédents de dépression majeure qui allaient bien au début de leur grossesse, 68 % de celles qui ont arrêté leur antidépresseur ont rechuté pendant la grossesse, comparativement à 26 % de celles qui l’ont poursuivi. La dépression non traitée peut nuire à l’alimentation, au sommeil, au suivi prénatal et à l’attachement, et elle est associée à l’accouchement prématuré et à la dépression post-partum.
Les antidépresseurs sont-ils sûrs pendant la grossesse?
Pour la plupart des antidépresseurs, le risque de malformations est faible ou n’est pas clairement différent de celui de la dépression non traitée. Une vaste étude cas-témoins américaine a comparé 30 630 mères de bébés atteints de malformations à 11 478 mères de bébés en bonne santé. Certains ISRS ont été associés à des malformations précises, mais beaucoup de ces liens s’affaiblissaient lorsque les chercheurs tenaient compte de la dépression ou de l’anxiété sous-jacente des mères. La venlafaxine (Effexor) était associée au plus grand nombre de malformations, un résultat qui, selon les auteurs, doit être confirmé. L’étude conclut que les décisions de traitement doivent mettre ces risques en balance avec ceux de la dépression ou de l’anxiété non traitée.
Quelques points à retenir :
- La paroxétine (Paxil) n’est habituellement pas un premier choix en début de grossesse, car certaines études l’ont associée à une légère augmentation des malformations cardiaques.
- La sertraline (Zoloft) est souvent privilégiée, en partie parce qu’elle dispose du plus grand nombre de données de sécurité et qu’elle atteint le bébé en plus faible quantité que le citalopram ou la fluoxétine.
- Fin de grossesse : certains bébés exposés aux ISRS ou aux IRSN près de l’accouchement présentent dans les premiers jours une agitation passagère ou des difficultés à s’alimenter ou à respirer, et il existe une légère augmentation d’un problème rare de circulation pulmonaire (hypertension pulmonaire persistante du nouveau-né). Informez votre équipe d’accouchement du médicament que vous prenez.
N’arrêtez jamais un antidépresseur brusquement. Si vous êtes enceinte ou planifiez une grossesse, parlez à votre professionnel de la santé avant tout changement.
Comment la grossesse modifie-t-elle le taux des antidépresseurs?
La grossesse modifie l’activité de plusieurs enzymes du foie qui dégradent les antidépresseurs. Ces changements sont plus marqués au troisième trimestre et disparaissent dans les semaines suivant l’accouchement : une dose qui fonctionnait avant la grossesse peut donc devenir trop faible ou trop forte.
| Enzyme | Changement pendant la grossesse | Antidépresseurs touchés | Effet possible |
|---|---|---|---|
| CYP2D6 | Plus active | Fluoxétine, paroxétine, vortioxétine, venlafaxine | Taux plus faibles; efficacité possiblement réduite |
| CYP2C19 | Moins active | Citalopram, escitalopram, sertraline | Taux plus élevés; plus d’effets secondaires possibles |
| CYP2B6 | Plus active | Sertraline, bupropion | Compense en partie la baisse du CYP2C19 pour la sertraline |
| CYP1A2 | Moins active | Fluvoxamine, duloxétine | Taux plus élevés; plus d’effets secondaires possibles |

Par exemple, le taux de fluoxétine baisse souvent au fil de la grossesse, ce qui peut augmenter le risque de retour de la dépression. Une étude de 2023 a montré que les femmes prenant des antidépresseurs dégradés par le CYP2D6 avaient des taux sanguins plus faibles en fin de grossesse et pouvaient bénéficier d’une augmentation de la dose, et que combiner le test génétique au dosage sanguin aidait à personnaliser le traitement. Le taux de sertraline tend à être plus stable, car la hausse de l’activité du CYP2B6 compense en partie la baisse de celle du CYP2C19.
Comment vos gènes influencent-ils les antidépresseurs pendant la grossesse?
Vos gènes déterminent le niveau de départ de l’activité de ces enzymes, et la grossesse le modifie davantage. Les lignes directrices du CPIC de 2023 sur les antidépresseurs recommandent des ajustements de dose ou d’autres médicaments selon les résultats CYP2D6, CYP2C19 et CYP2B6.
CYP2D6
- Les métaboliseurs lents ont peu ou pas d’activité du CYP2D6 : la hausse liée à la grossesse ne s’applique donc pas à eux. Ils ont des taux plus élevés de médicaments comme la paroxétine, la fluvoxamine et la vortioxétine, et le CPIC recommande une dose de départ plus faible ou un autre médicament.
- Les métaboliseurs normaux et intermédiaires peuvent voir baisser le taux des médicaments dépendant du CYP2D6 pendant la grossesse, et certains auront besoin d’une dose plus élevée.
- Les métaboliseurs ultrarapides éliminent déjà ces médicaments rapidement, et la grossesse peut les rendre encore moins efficaces. Le CPIC recommande de choisir un autre médicament.
Comme le montre le graphique ci-dessous, près de la moitié des Nord-Américains ont un métabolisme du CYP2D6 modifié.

CYP2C19
- Les métaboliseurs lents et intermédiaires éliminent déjà lentement le citalopram et l’escitalopram; avec la baisse de l’activité du CYP2C19 liée à la grossesse, les taux et les effets secondaires peuvent augmenter davantage. Le CPIC recommande une dose de départ plus faible pour les métaboliseurs lents.
- Les métaboliseurs rapides et ultrarapides (environ 30 % des personnes d’ascendance européenne) éliminent ces médicaments plus vite. Ils peuvent bien y répondre pendant la grossesse, mais la même dose peut devenir moins efficace après l’accouchement, lorsque l’activité du CYP2C19 revient à la normale. Le CPIC recommande un autre médicament pour les métaboliseurs ultrarapides.
Plus de la moitié des Nord-Américains ont un métabolisme du CYP2C19 modifié (voir le graphique ci-dessous).

Pour en savoir plus, lisez choisir un antidépresseur grâce à un test d’ADN.
Qu’en est-il de l’allaitement?
La plupart des antidépresseurs passent dans le lait maternel en petites quantités. La sertraline et la paroxétine atteignent le bébé en plus faible quantité et sont souvent privilégiées pendant l’allaitement. Comme l’activité des enzymes revient à son niveau d’avant la grossesse après l’accouchement, une dose augmentée pendant la grossesse pourrait devoir être réduite de nouveau.
Un test pharmacogénétique peut-il aider pendant la grossesse?
La grossesse peut aussi modifier la réponse aux médicaments contre l’épilepsie, le trouble bipolaire et le TDAH. Les tests pharmacogénétiques comme Pillcheck indiquent comment votre organisme transforme les antidépresseurs, les médicaments contre l’anxiété et le TDAH, les analgésiques, les antiépileptiques et les médicaments pour le cœur. Pillcheck comprend un plan d’action personnalisé préparé par un pharmacien clinicien formé en pharmacogénétique, qui peut vous aider, vous et votre médecin, à planifier le choix et la dose des médicaments avant, pendant et après la grossesse. Idéalement, faites le test avant une grossesse planifiée, puisque vos résultats génétiques ne changent pas.
Résumé
- Pour la plupart des femmes, les risques des antidépresseurs pendant la grossesse sont faibles, et l’arrêt du traitement mène souvent à une rechute.
- La paroxétine est habituellement évitée comme premier choix en début de grossesse; la sertraline est souvent privilégiée.
- La grossesse augmente l’activité du CYP2D6 et diminue celle du CYP2C19 et du CYP1A2 : le taux des antidépresseurs peut donc changer.
- Vos gènes CYP2D6, CYP2C19 et CYP2B6 déterminent l’ampleur de ces changements et si un ajustement de dose ou un autre médicament est nécessaire.
- Le test pharmacogénétique est offert au Canada et est couvert par de nombreux régimes d’assurance.
Questions fréquentes
Dois-je arrêter mon antidépresseur si je deviens enceinte?
Pas sans en parler à votre professionnel de la santé. L’arrêt mène souvent à une rechute : dans une étude, 68 % des femmes qui ont arrêté ont rechuté pendant la grossesse, comparativement à 26 % de celles qui ont poursuivi.
Quel antidépresseur est le plus sûr pendant la grossesse?
La sertraline est souvent privilégiée, car elle dispose du plus grand nombre de données de sécurité et atteint le bébé en plus faible quantité. La paroxétine est habituellement évitée comme premier choix en début de grossesse. Le meilleur choix dépend aussi de ce qui a fonctionné pour vous auparavant et de vos gènes.
Les antidépresseurs causent-ils des malformations?
Le risque est faible pour la plupart des antidépresseurs. Certaines études ont trouvé des liens entre des médicaments et des malformations précises, mais beaucoup de ces liens s’affaiblissent lorsqu’on tient compte de la dépression sous-jacente.
Pourquoi mon antidépresseur pourrait-il cesser d’agir pendant la grossesse?
La grossesse accélère l’enzyme CYP2D6, ce qui réduit le taux de médicaments comme la fluoxétine et la paroxétine. Votre médecin pourrait ajuster la dose selon vos symptômes, vos taux sanguins et vos résultats génétiques.
Un test d’ADN peut-il aider à choisir un antidépresseur pendant la grossesse?
Oui. Les résultats CYP2D6, CYP2C19 et CYP2B6 montrent comment vous transformez les antidépresseurs et aident à prévoir comment la grossesse modifiera le taux de vos médicaments.
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