Êtes-vous plutôt Tylenol ou Advil? Soulager la douleur grâce à la génétique
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Certaines personnes sont convaincues qu’Advil soulage beaucoup mieux leur douleur que Tylenol, ou l’inverse. Est-ce dans leur tête, ou le résultat de la publicité et de la fidélité à une marque? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans leurs gènes. Comme la génétique détermine la couleur des yeux, elle influence aussi la façon dont le foie transforme de nombreux médicaments. De petites différences dans l’ADN peuvent changer la force et la durée d’action d’Advil (ibuprofène) et d’autres anti-inflammatoires, ainsi que le risque d’effets secondaires lors d’une utilisation prolongée.
Comment les gènes influencent Advil et les autres AINS
Advil (ibuprofène) fait partie des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), tout comme le célécoxib (Celebrex), le naproxène (Aleve), le méloxicam, le diclofénac et d’autres. L’ibuprofène et de nombreux autres AINS sont éliminés principalement par l’enzyme hépatique CYP2C9. Environ une personne d’origine européenne sur trois porte au moins une variante génétique qui réduit l’activité du CYP2C9. Ces personnes sont appelées métaboliseurs intermédiaires ou lents.
Les métaboliseurs intermédiaires et lents éliminent ces AINS plus lentement : une même dose entraîne donc des taux sanguins plus élevés qui durent plus longtemps. Certaines personnes peuvent ressentir un soulagement plus fort ou plus long, mais la principale préoccupation est la sécurité : des taux plus élevés augmentent le risque de saignements gastriques, d’hypertension, de problèmes rénaux et de complications cardiaques, surtout lors d’une utilisation prolongée. Des études ont associé une activité réduite du CYP2C9 à un risque plus élevé de saignements gastro-intestinaux liés aux AINS.
Les lignes directrices du CPIC de 2020 sur le CYP2C9 et les AINS recommandent :
- Célécoxib, ibuprofène, flurbiprofène et lornoxicam : dose de départ habituelle chez les métaboliseurs normaux. Certains métaboliseurs intermédiaires devraient commencer à la dose la plus faible. Les métaboliseurs lents devraient commencer à 25 à 50 % de la dose la plus faible ou utiliser un autre médicament.
- Méloxicam : certains métaboliseurs intermédiaires devraient commencer à la moitié de la dose la plus faible ou utiliser un autre médicament, et les métaboliseurs lents devraient utiliser un autre médicament.
- Piroxicam et ténoxicam : ils restent très longtemps dans l’organisme; les métaboliseurs intermédiaires et lents devraient donc utiliser un autre médicament.
Le naproxène (Aleve), le diclofénac et l’acide acétylsalicylique (aspirine) ne sont pas touchés de façon importante par les gènes du CYP2C9, et les lignes directrices ne font aucune recommandation de dose selon les gènes pour ces médicaments.
Comment Tylenol est transformé
Tylenol (acétaminophène, aussi appelé paracétamol) n’est pas un AINS et agit différemment. Il soulage la douleur et la fièvre, mais a peu d’effet sur l’inflammation. La plus grande partie est transformée par le foie par des voies qui y fixent des groupes de sucre ou de sulfate (glucuronidation et sulfatation), et non par le CYP2C9. Une petite partie est convertie par l’enzyme CYP2E1 en un sous-produit toxique, que le foie neutralise normalement aussitôt.
Des chercheurs ont trouvé des variations dans des gènes comme CYP2E1 et UGT2B15 qui modifient la transformation de l’acétaminophène, mais les données ne sont pas assez solides pour un usage clinique. Il n’existe aucune ligne directrice pharmacogénétique pour l’acétaminophène, et les tests génétiques ne servent pas à en choisir la dose. Les différences d’efficacité de Tylenol d’une personne à l’autre s’expliquent plus probablement par le type de douleur, puisqu’il ne réduit pas l’inflammation, que par les gènes.
Tylenol ou Advil : sécurité à long terme et interactions avec d’autres médicaments
Tylenol est souvent préféré chez les personnes atteintes d’une maladie cardiaque ou rénale, qui ont des antécédents d’ulcères d’estomac ou qui prennent des anticoagulants comme la warfarine (Coumadin), parce que les AINS augmentent le risque de saignements et de problèmes cardiaques et rénaux. Toutefois, la prise régulière d’acétaminophène peut augmenter l’effet de la warfarine : les personnes qui prennent de la warfarine devraient donc en parler à leur professionnel de la santé.
Le principal risque de Tylenol est une atteinte du foie causée par une trop grande quantité d’acétaminophène. Au Canada, les adultes ne devraient pas dépasser 4 000 mg par jour, toutes sources confondues, y compris les produits contre le rhume et la grippe qui contiennent aussi de l’acétaminophène. Le risque d’atteinte du foie est plus élevé chez les personnes qui boivent trois verres d’alcool ou plus par jour, qui jeûnent ou sont dénutries, ou qui prennent certains médicaments comme l’isoniazide contre la tuberculose. La consommation régulière et excessive d’alcool augmente l’activité du CYP2E1 et épuise la protection naturelle du foie, ce qui favorise l’accumulation du sous-produit toxique.
Les AINS comme Advil et le célécoxib conviennent mieux à la douleur inflammatoire, mais leur utilisation prolongée augmente le risque de saignements gastriques, d’hypertension, de problèmes rénaux et de complications cardiaques. Le célécoxib est plus doux pour l’estomac que l’ibuprofène et le naproxène. Comme le CYP2C9 élimine le célécoxib et l’ibuprofène, les personnes qui obtiennent un soulagement inhabituellement fort ou long avec ces médicaments peuvent aussi courir un risque plus élevé d’effets secondaires. Si vous prenez un AINS régulièrement, un test pharmacogénétique peut indiquer si votre dose ou votre choix de médicament devrait changer.
L’aspirine et les autres AINS peuvent déclencher des crises d’asthme chez certaines personnes asthmatiques ayant des polypes nasaux, une affection appelée maladie respiratoire exacerbée par l’aspirine. Cette réaction n’est pas liée aux gènes du métabolisme des médicaments. Demandez à votre professionnel de la santé quel analgésique vous convient si vous faites de l’asthme.
Le cannabis médical est aussi à l’étude pour la douleur chronique. Votre capacité à métaboliser les médicaments influence aussi le risque d’effets secondaires et d’interactions du cannabis.
Options de tests pharmacogénétiques
Plutôt que de deviner si Advil ou Tylenol vous convient le mieux, vous pouvez passer un test d’ADN pour savoir comment vous métabolisez les médicaments contre la douleur. Les variations génétiques influencent aussi la réponse à la codéine, au tramadol, à l’amitriptyline, à la venlafaxine et à de nombreux autres médicaments utilisés contre la douleur. Les tests pharmacogénétiques comme Pillcheck révèlent votre profil de métabolisme des médicaments, y compris le CYP2C9. Grâce aux résultats de Pillcheck, votre prescripteur peut choisir des médicaments contre la douleur plus sûrs et plus efficaces et réduire les risques d’un traitement prolongé. Pour une vue d’ensemble, lisez Pourquoi les analgésiques ne fonctionnent-ils pas pour tout le monde?
Les régimes publics de soins de santé comme l’OHIP, le PMO, PharmaCare et le MSP en Colombie-Britannique ne paient pas les tests pharmacogénétiques. Toutefois, de nombreux assureurs privés aident à en couvrir le coût.
Questions fréquentes
Pourquoi Advil me soulage-t-il mieux que Tylenol?
Advil réduit l’inflammation, contrairement à Tylenol : il est donc souvent plus efficace contre la douleur inflammatoire. Les gènes peuvent aussi jouer un rôle : les personnes dont l’activité du CYP2C9 est faible éliminent l’ibuprofène plus lentement, ce qui maintient des taux plus élevés plus longtemps.
Quel gène influence Advil (ibuprofène)?
Le CYP2C9. Selon les lignes directrices du CPIC, les métaboliseurs intermédiaires et lents peuvent avoir besoin d’une dose de départ plus faible d’ibuprofène, de célécoxib et de méloxicam, ou d’un autre médicament.
Les gènes influencent-ils Tylenol (acétaminophène)?
Certaines variations génétiques modifient la transformation de l’acétaminophène, mais il n’existe aucune ligne directrice de dosage selon les gènes. La consommation d’alcool, le jeûne, les maladies du foie et la dose quotidienne totale comptent beaucoup plus pour sa sécurité.
Tylenol est-il plus sûr qu’Advil?
Cela dépend de la personne. Tylenol est plus doux pour l’estomac, le cœur et les reins, mais une trop grande quantité peut endommager le foie. Advil est plus efficace contre l’inflammation, mais comporte plus de risques de saignements et de problèmes cardiaques et rénaux lors d’une utilisation prolongée.
Références
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